VSD change encore de propriétaire : qui est Vianney d'Alançon, l'entrepreneur qui veut relancer le magazine ?
C'est une nouvelle page qui s'ouvre pour l'un des titres emblématiques de la presse française. VSD vient d'être racheté par l'entrepreneur Vianney d'Alançon, jusqu'ici davantage connu pour ses investissements dans le patrimoine et la culture que pour son activité dans la presse.
L'opération, révélée ce vendredi 7 août, intervient trois ans après la reprise du magazine par Heroes Media.
Pour VSD, c'est un nouveau changement de propriétaire après près d'une décennie particulièrement mouvementée. Pour son nouvel acquéreur, c'est en revanche un pas supplémentaire dans l'univers des médias, moins de deux ans après avoir pris le contrôle de l'École supérieure de journalisme de Paris.
Et pour la Provence, le nom de Vianney d'Alançon est loin d'être inconnu.
VSD, monument de la presse populaire française
Pour comprendre l'intérêt du rachat, il faut d'abord se souvenir de ce qu'a représenté VSD.
Créé en 1977 par Maurice Siegel, ancien directeur d'Europe 1, le magazine s'était construit autour d'une formule particulièrement efficace : actualité, grandes enquêtes, faits divers, photographies spectaculaires, célébrités, voyages et loisirs.
Son nom signifiait alors tout simplement « Vendredi Samedi Dimanche ».
VSD devient progressivement l'un des symboles de la presse magazine des années 1980 et 1990. Racheté par Prisma en 1996, le titre va cependant subir, comme une grande partie de la presse papier, l'effondrement progressif de son modèle historique.
En 2018, Prisma cède finalement le magazine à l'homme d'affaires et ancien patron de France-Soir Georges Ghosn. VSD abandonne alors son rythme hebdomadaire pour devenir mensuel.
Mais l'opération ne suffit pas à rétablir durablement la situation.
Redressement, liquidation, reprises : huit années particulièrement difficiles
Dès août 2019, soit seulement un an après son rachat, VSD est placé en redressement judiciaire.
Un plan de redressement est adopté en avril 2021, mais les difficultés financières demeurent.
En février 2023, nouveau coup dur : VSD est placé en liquidation judiciaire avec poursuite temporaire de son activité.
À l'époque, Georges Ghosn expliquait que le magazine était quasiment revenu à l'équilibre opérationnel, mais qu'il devait supporter un passif cumulé de 3,9 millions d'euros. S'ajoutait alors l'explosion des coûts de fabrication : selon lui, la tonne de papier était passée de 500 à 1 300 euros et les coûts énergétiques des imprimeurs avaient augmenté de 20 à 25 %.
Le magazine ne comptait alors plus que huit salariés et une dizaine de pigistes. Sa diffusion atteignait environ 35 000 exemplaires en vente au numéro, auxquels s'ajoutaient 10 000 abonnés.
En avril 2023, le tribunal de commerce choisit finalement Heroes Media pour reprendre VSD. Six offres étaient alors en concurrence et le titre est cédé pour 120 000 euros.
Une nouvelle formule est lancée quelques mois plus tard.
Et les premiers résultats sont encourageants : en 2023, Heroes Media revendique environ 2 millions d'euros de chiffre d'affaires sur huit mois et 100 000 euros de bénéfice pour VSD. Sa diffusion aurait alors retrouvé environ 72 000 exemplaires.
Trois ans plus tard, VSD change pourtant une nouvelle fois de mains.
Une crise qui dépasse largement le cas de VSD
Les difficultés du magazine racontent surtout une histoire beaucoup plus vaste : celle de la crise profonde de la presse papier.
Les habitudes de consommation de l'information ont radicalement changé.
Là où les magazines disposaient autrefois de plusieurs jours pour raconter une actualité, les réseaux sociaux, les chaînes d'information, Google ou les applications mobiles permettent aujourd'hui de suivre un événement pratiquement en temps réel.
La publicité a elle aussi migré massivement vers les plateformes numériques.
Et les chiffres récents montrent que la transformation est loin d'être terminée.
En 2025, la presse française a encore diffusé 2,6 milliards d'exemplaires, mais ses sites et applications ont simultanément enregistré 27,3 milliards de visites dans l'année. Surtout, 88 % de cette consommation numérique s'effectue désormais sur mobile.
La crise s'est même brutalement accélérée ces derniers mois : près de 1 000 suppressions de postes ont été annoncées dans la presse française depuis décembre 2025, tandis que plus de 10 500 emplois auraient disparu du secteur depuis 2009. Plusieurs grands magazines ont encore enregistré des baisses de diffusion comprises entre 5 et 11 % en 2025.
Autrement dit, VSD n'est pas simplement un magazine qui a connu des erreurs de gestion ou une succession de propriétaires. Il appartient à une industrie entière contrainte de réinventer son modèle.
C'est précisément le défi qui attend désormais son nouveau propriétaire.
Qui est Vianney d'Alançon ?
À 40 ans, Vianney d'Alançon présente un parcours assez atypique.
Né à Sainte-Foy-lès-Lyon, il s'est d'abord lancé dans l'entrepreneuriat avant de progressivement se spécialiser dans des activités liées au patrimoine, à la culture et au luxe.
Il développe notamment des activités dans la bijouterie avant de se tourner vers un univers très différent : celui des monuments historiques.
En 2016, il rachète la forteresse de Saint-Vidal, en Haute-Loire, avec l'idée de faire vivre le patrimoine à travers des spectacles historiques.
Quelques années plus tard, il voit beaucoup plus grand.
Le château de La Barben, son grand projet provençal
En décembre 2019, Vianney d'Alançon rachète le spectaculaire château de La Barben, entre Aix-en-Provence et Salon-de-Provence.
Le monument est considérable : environ 2 800 mètres carrés habitables, une soixantaine de pièces et une histoire dont certaines parties remontent au XIe siècle. Au moment de son acquisition, sa valeur était estimée autour de 15 millions d'euros.
Mais d'Alançon ne souhaite pas simplement posséder un château.
Son ambition est d'en faire une destination touristique consacrée à l'histoire et à la culture provençales.
C'est ainsi que naît Rocher Mistral, parfois présenté comme un « Puy du Fou provençal », mêlant spectacles, reconstitutions historiques et valorisation du patrimoine. L'entrepreneur évoquait initialement un investissement total pouvant atteindre 30 millions d'euros et un objectif à terme de 300 000 visiteurs annuels.
Le lien de Vianney d'Alançon avec la Provence n'est d'ailleurs pas seulement entrepreneurial. Sa famille paternelle est originaire du Comtat Venaissin et il explique fréquenter la région depuis son enfance. Il est également membre du Félibrige, l'organisation fondée autour de Frédéric Mistral pour défendre la langue et la culture provençales.
Son implantation dans les Bouches-du-Rhône est donc devenue une composante importante de son parcours.
Après le patrimoine, les médias
Le rachat de VSD pourrait sembler éloigné de celui d'un château provençal.
Il existe pourtant une certaine continuité.
Vianney d'Alançon investit depuis plusieurs années dans des activités liées à la transmission, à la culture et à la fabrication de récits.
Et surtout, VSD n'est pas sa première incursion dans l'univers des médias.
Fin 2024, il participe au rachat de l'École supérieure de journalisme de Paris, dont il devient président. Le tour de table réunit alors plusieurs personnalités importantes du monde économique et médiatique.
Le rachat de VSD lui permet désormais de passer de la formation des journalistes à la détention directe d'un titre de presse.
La société VSD Media, créée le 16 juillet dernier à Paris, est d'ailleurs présidée par Vianney d'Alançon depuis le 22 juillet, quelques semaines seulement avant l'annonce officielle de l'acquisition.
Peut-on encore faire renaître VSD ?
C'est désormais toute la question.
Car racheter VSD, c'est récupérer une marque disposant encore d'une très forte notoriété. Mais c'est aussi hériter d'un titre qui cherche depuis près de dix ans son modèle économique.
Le défi sera probablement moins de sauver le magazine papier que de déterminer ce que peut devenir la marque VSD dans un paysage médiatique dominé par la vidéo, les réseaux sociaux, les podcasts et l'information mobile.
C'est peut-être là que se trouve sa principale valeur.
VSD possède quelque chose qu'il est extrêmement coûteux de construire lorsqu'on crée un média de zéro : un nom connu par plusieurs générations de Français.
Heroes Media le reconnaissait déjà au moment de sa reprise en 2023. Malgré les difficultés économiques du titre, son président Philippe Abreu estimait que « la notoriété de VSD reste intacte » et identifiait justement le digital et la publicité comme deux gisements encore insuffisamment exploités.
Vianney d'Alançon devra désormais trouver la formule permettant de transformer cette notoriété en audience et cette audience en revenus.
L'exercice sera difficile.
Mais le nouvel acquéreur connaît déjà les projets que beaucoup considèrent comme impossibles à rentabiliser : il a fait de la restauration de châteaux et de leur transformation en lieux culturels une partie de son activité.
Avec VSD, le principe est finalement assez proche.
Cette fois, le monument à restaurer n'est pas fait de pierres.
C'est une marque vieille de près de cinquante ans, emblématique d'une époque où les Français achetaient encore massivement leurs informations chez le marchand de journaux.
Commentaires (0)