Jul aurait quitté Marseille après des menaces de la DZ Mafia
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Jul aurait quitté Marseille après des menaces de la DZ Mafia

Le rappeur marseillais aurait déménagé après des menaces de racket attribuées à la DZ Mafia, selon une information rapportée fin juillet.

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C’est une information qui prend une dimension particulière lorsqu’elle concerne Jul. Le rappeur marseillais aurait été contraint de quitter Marseille et de renforcer considérablement sa sécurité après des menaces et une tentative de racket attribuées à la DZ Mafia.

L’information, révélée fin juillet à partir des éléments rapportés par le journaliste du Parisien Damien Delseny, a depuis été reprise par plusieurs médias. Elle intervient dans un contexte où les enquêteurs s’inquiètent de la diversification des activités attribuées au groupe criminel marseillais, bien au-delà du seul trafic de stupéfiants. (Zinfos974)

Pour Jul, l’affaire est surtout hautement symbolique. Difficile en effet d’imaginer artiste davantage associé à Marseille. Depuis plus de dix ans, la ville est partout dans ses clips, ses textes, son image et son identité.

La DZ Mafia aurait cherché à racketter Jul

Selon les informations rendues publiques ces dernières semaines, la DZ Mafia aurait entrepris de racketter Jul, comme elle l’aurait fait avec d’autres personnalités.

La logique prêtée au groupe criminel est particulièrement inquiétante : considérer que les artistes générant beaucoup d’argent dans son environnement devraient lui en reverser une partie. Le journaliste Damien Delseny expliquait ainsi que la DZ Mafia semblerait s’estimer en droit de prélever une forme de « dîme » sur les activités lucratives liées à son territoire. (VL Média)

Le différend porterait sur une somme importante, certaines reprises de l’enquête évoquant plus de 300 000 euros. Ce chiffre doit toutefois être considéré avec prudence : il ne correspond pas, à ce stade, à une somme établie publiquement par une décision judiciaire. (VL Média)

Face aux menaces, Jul aurait donc pris une décision radicale : déménager et quitter Marseille, tout en adoptant de nouvelles mesures destinées à assurer sa sécurité. (Public)

Un départ particulièrement symbolique pour Jul

Pour n’importe quel artiste marseillais, quitter la ville sous la menace constituerait déjà un événement.

Pour Jul, c’est autre chose.

Depuis son explosion au début des années 2010, le rappeur a construit une part considérable de son identité autour de Marseille. Le survêtement, les quartiers, les plages, les scooters, l’OM, le Vélodrome et plus généralement tout un imaginaire marseillais sont indissociables de son univers.

Alors que son succès aurait pu l’amener depuis longtemps à s’installer à Paris ou à l’étranger, Jul était justement resté particulièrement attaché à sa ville.

Le voir aujourd’hui contraint de s’en éloigner pour des raisons de sécurité illustre donc de manière spectaculaire l’emprise que le grand banditisme peut tenter d’exercer sur certaines personnalités locales.

Une histoire qui serait en réalité beaucoup plus ancienne

L’affaire prend une autre dimension à la lumière du livre L’Empire, consacré aux relations entre narcotrafic et rap.

Selon les éléments du livre rapportés notamment par Brut, Jul aurait déjà été confronté au grand banditisme au début de sa carrière. Il aurait été contraint de céder les droits de ses cinq premiers albums aux frères Tir, présentés comme des « narcoproducteurs » marseillais.

À cette époque, le rappeur aurait même quitté temporairement Marseille pour vivre caché en Corse, sous protection. (Brut.)

Il faut toutefois distinguer ces épisodes : cette affaire ancienne concernant les frères Tir ne doit pas être confondue avec les menaces récemment attribuées à la DZ Mafia.

Elle montre en revanche que la question des relations entre industrie musicale marseillaise et grand banditisme ne date pas d’hier.

Après SCH, la question du racket des rappeurs marseillais

Le cas de Jul rappelle inévitablement celui de SCH.

Dans la nuit du 25 au 26 août 2024, des membres de son entourage avaient été pris pour cible à La Grande-Motte après un concert. Un homme avait été tué et un autre grièvement blessé. SCH devait initialement se trouver dans le véhicule.

L’enquête a depuis exploré la piste d’une tentative d’extorsion et le nom de la DZ Mafia est apparu dans les investigations. Brut cite d’ailleurs directement le cas de SCH pour illustrer l’emprise supposée du grand banditisme sur certains acteurs du rap. (Brut.)

La question dépasse alors celle de deux artistes.

Le succès du rap marseillais génère désormais des sommes considérables : ventes, streaming, concerts, labels, contrats publicitaires et produits dérivés. Cette économie peut attirer les convoitises d’organisations criminelles cherchant à transformer leur puissance violente en outil d’extorsion.

La DZ Mafia ne se limiterait plus aux points de deal

C’est aussi ce qui rend l’affaire particulièrement préoccupante.

La DZ Mafia s’est initialement imposée dans l’actualité à travers le contrôle de points de deal et la guerre sanglante qui l’a opposée à d’autres réseaux marseillais.

Mais les procédures judiciaires récentes décrivent une organisation dont les activités présumées sont beaucoup plus diversifiées : blanchiment, intimidation, extorsion ou encore prestations criminelles. En mars dernier, une vaste opération judiciaire visant son système de blanchiment avait conduit à 26 mises en examen. (LeMonde.fr)

Les autorités appellent toutefois régulièrement à la prudence : le nom « DZ Mafia » est devenu un label criminel parfois usurpé, précisément parce qu’il suffit désormais à susciter la peur. L’attribution d’une menace au groupe doit donc être établie par les enquêteurs et ne peut reposer uniquement sur une revendication. (LeMonde.fr)

Jul donne de ses nouvelles

Depuis que l’affaire est devenue publique, Jul n’a pas directement détaillé les menaces dont il aurait fait l’objet.

Il a néanmoins publié ces derniers jours plusieurs messages à destination de son public. Le 11 août, Public rapportait notamment une nouvelle prise de parole du rappeur, qui continue de communiquer avec ses fans malgré les informations concernant son départ de Marseille et le renforcement de sa sécurité. (Public)

Pour l’heure, il faut donc conserver une distinction importante : le départ de Jul et les menaces qui lui sont attribuées sont rapportés par la presse, mais l’artiste n’a pas publiquement livré un récit détaillé de cette affaire.

Quand le plus célèbre des Marseillais doit quitter Marseille

C’est finalement ce qui rend cette histoire si forte.

Jul est probablement l’un des Marseillais les plus connus de France. Il a rempli à plusieurs reprises le Stade Vélodrome, vendu des millions d’albums et participé comme peu d’autres artistes contemporains au rayonnement culturel de la ville.

Et pourtant, son succès pourrait précisément être devenu ce qui l’expose.

Si les informations rapportées sont confirmées dans toute leur ampleur, l’affaire raconterait quelque chose d’assez inquiétant : un groupe criminel serait devenu suffisamment puissant pour tenter de prélever sa part sur la réussite économique de personnalités marseillaises, jusqu’à pousser certaines d’entre elles à partir.

Pour Marseille, l’image est terrible.

La ville qui a fait Jul serait devenue, au moins temporairement, celle dans laquelle Jul ne pourrait plus vivre normalement en sécurité.

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