Le choc est passé. Le tribunal a prononcé la liquidation judiciaire de Delta Agency, la société organisatrice du Delta Festival. Une annonce qui marque, en l'état, la fin de douze années d'aventure.
Mais derrière le terme de « liquidation judiciaire », que va-t-il réellement se passer ? Les festivaliers seront-ils remboursés ? Les salariés vont-ils perdre leur emploi ? Le festival peut-il renaître un jour ? Tour d'horizon des prochaines étapes.
La société est arrêtée, mais tout ne s'arrête pas immédiatement
Contrairement à une idée reçue, une liquidation judiciaire ne signifie pas que tout disparaît du jour au lendemain.
Le tribunal a désigné un mandataire judiciaire chargé de devenir liquidateur. Son rôle est désormais de prendre le contrôle de la société, de recenser l'ensemble de ses actifs et de ses dettes, puis d'organiser le remboursement des créanciersselon les règles prévues par la loi.
Autrement dit, ce n'est plus la direction du Delta Festival qui pilote le dossier : c'est désormais le liquidateur.
Les salariés licenciés
Première conséquence concrète : les 23 salariés permanents de Delta Agency vont être licenciés pour motif économique, comme l'indique le communiqué publié par l'entreprise.
Leur indemnisation sera, dans la plupart des cas, prise en charge par l'AGS (Association pour la gestion du régime de garantie des créances des salariés), un mécanisme destiné à protéger les salariés lorsqu'une entreprise fait faillite.
En revanche, de nombreux intermittents, prestataires, techniciens ou fournisseurs devront attendre la suite de la procédure pour connaître précisément le montant qu'ils pourront récupérer.
Les festivaliers devront eux aussi déclarer leur créance
C'est probablement la question que se posent des milliers de personnes.
Les détenteurs d'un billet pour la journée du samedi 25 juillet, annulée en raison des intempéries, ne seront pas automatiquement remboursés par Delta Agency.
Le communiqué précise qu'ils devront déclarer leur créance auprès du liquidateur judiciaire dans les deux mois suivant la publication officielle du jugement. Le liquidateur sera ensuite chargé de gérer les demandes auprès de l'assureur ainsi que les remboursements éventuels.
Le montant effectivement remboursé dépendra notamment des garanties d'assurance et des fonds disponibles dans le cadre de la procédure.
Les créanciers ne seront probablement pas tous remboursés
Lorsqu'une société est liquidée, les dettes sont réglées selon un ordre de priorité fixé par le Code de commerce.
Les frais de justice, les créances salariales (largement couvertes par l'AGS), les créances bénéficiant de garanties particulières et certaines dettes fiscales ou sociales sont prioritaires.
Les fournisseurs, partenaires commerciaux ou autres créanciers dits « chirographaires » passent généralement en dernier. Si les actifs de la société sont insuffisants, ils peuvent ne récupérer qu'une partie de leur créance… voire rien du tout.
C'est malheureusement une situation relativement fréquentedans les procédures de liquidation judiciaire.
Le Delta Festival est-il définitivement mort ?
Pas nécessairement.
Une liquidation judiciaire ne signifie pas automatiquement la disparition définitive d'une marque ou d'un événement.
Le communiqué évoque lui-même cette possibilité : « L'histoire du Delta Festival pourra encore se poursuivre en cas de reprise. Cette possibilité est désormais entre les mains du liquidateur judiciaire et d'éventuels repreneurs. »
Concrètement, plusieurs scénarios sont envisageables.
Le premier est celui d'une reprise globale. Un investisseur pourrait décider de racheter certains actifs du Delta Festival : la marque, le nom, le site internet, les fichiers, voire certains contrats ou équipements. Il ne rachèterait pas nécessairement les dettes de l'ancienne société, mais uniquement les éléments qui présentent une valeur économique.
Un deuxième scénario consisterait en une relance du festival sous une nouvelle structure juridique, avec une nouvelle gouvernance et un projet profondément remanié.
Enfin, il existe une troisième hypothèse : aucun repreneur ne se manifeste. Dans ce cas, la liquidation ira jusqu'à son terme et le Delta Festival disparaîtra définitivement.
Une marque qui pourrait encore susciter des convoitises
Malgré les événements qui ont conduit à sa chute, le Delta Festival demeure une marque puissante. En douze éditions, il est devenu l'un des principaux festivals de musiques actuelles du sud de la France et a développé le plus grand forum jeunesse et associatif du pays.
Cette notoriété représente un actif qui pourrait intéresser un repreneur. Car dans une liquidation judiciaire, ce ne sont pas seulement des biens matériels qui peuvent être cédés : une marque, un nom, un concept, une communauté ou encore un portefeuille de partenaires font également partie des actifs susceptibles d'être valorisés.
L'hypothèse d'une reprise n'a d'ailleurs rien de théorique. Invité de l'émission Ils font Marseille, l'entrepreneur Ben Aguad expliquait son ambition de faire du secteur des plages du Prado et de la Pointe Rouge un véritable pôle événementiel marseillais, capable d'accueillir de grands rendez-vous tout au long de l'année. Si cette vision ne concernait pas directement le Delta Festival, elle illustre l'intérêt stratégique que représente ce territoire et laisse entrevoir que certains acteurs pourraient être tentés de reprendre un événement bénéficiant déjà d'une forte notoriété.
Le communiqué de Delta Agency laisse lui-même cette porte ouverte : « L'histoire du Delta Festival pourra encore se poursuivre en cas de reprise. Cette possibilité est désormais entre les mains du liquidateur judiciaire et d'éventuels repreneurs. »
Aujourd'hui, une page se tourne pour Delta Agency. Mais l'histoire du Delta Festival n'est peut-être pas totalement terminée. Si un investisseur estime que la marque conserve suffisamment de valeur, Marseille pourrait un jour voir renaître son plus grand festival sous une nouvelle gouvernance. Après douze ans d'existence, le Delta n'a peut-être pas encore dit son dernier mot.
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