Deux figures du narcotrafic marseillais incarcérés en Algérie
Arrêtés à la demande de juges français, Djamel Djeha et Mehdi Laribi ont toutefois été remis en liberté sous conditions en Algérie.
C'est une nouvelle étape importante dans la lutte contre le narcotrafic marseillais.
Mehdi Laribi et Djamel Djeha, deux figures présumées du trafic de stupéfiants à Marseille recherchées par la justice française, ont été incarcérés en Algérie, a annoncé ce lundi 10 août le ministre de la Justice Gérald Darmanin.
Les deux hommes avaient été interpellés à quelques jours d'intervalle sur le territoire algérien, avant d'être dans un premier temps remis en liberté sous contrôle judiciaire. Leur placement en détention constitue donc un changement majeur dans deux dossiers particulièrement suivis par la justice marseillaise.
Car derrière ces deux noms se trouvent deux histoires différentes du narcotrafic marseillais : d'un côté, la DZ Mafia ; de l'autre, le puissant réseau de la Castellane.
Mehdi Laribi, « Tic », l'un des fondateurs présumés de la DZ Mafia
Le premier est probablement le plus connu. Abdelatif Mehdi Laribi, 36 ans, surnommé « Tic », est présenté par la police judiciaire comme l'un des fondateurs et anciens dirigeants de la DZ Mafia, organisation devenue en quelques années l'un des groupes criminels les plus puissants de Marseille.
Originaire des quartiers nord, Laribi s'était notamment imposé dans les secteurs de Bassens et de la Paternelle aux côtés de son frère Mohamed Lamine Laribi, surnommé « Tac ».
Son nom apparaît aujourd'hui au cœur de l'immense dossier judiciaire baptisé **« Octopus »**, qui cherche à reconstituer l'organisation, les activités et les circuits financiers de la DZ Mafia.
En mars dernier, cette enquête avait conduit à une opération spectaculaire mobilisant environ 900 gendarmes dans le sud de la France. Une quarantaine de personnes avaient été interpellées et 26 mises en examen.
Laribi, lui, se trouvait alors en Algérie.
Un mandat d'arrêt international avait été délivré par deux juges d'instruction marseillais. Il est notamment poursuivi pour direction d'un groupement ayant pour objet le trafic de stupéfiants, association de malfaiteurs et blanchiment. La première de ces infractions est passible de la réclusion criminelle à perpétuité en France. Il a finalement été interpellé le 20 juillet en Algérie.
Djamel Djeha, autre grand nom du narcotrafic marseillais
Deux semaines plus tard, nouveau coup de filet. Le 3 août, les autorités algériennes interpellent Djamel Djeha, 46 ans, lui aussi visé par un mandat d'arrêt délivré par des magistrats marseillais.
Une confusion a d'abord entouré son identité, plusieurs médias annonçant initialement l'arrestation de son frère Rachid. La justice a finalement confirmé qu'il s'agissait bien de Djamel Djeha. Rachid Djeha reste quant à lui recherché par la justice française.
Le nom Djeha est particulièrement connu des enquêteurs travaillant sur le narcotrafic marseillais. Djamel est le frère de Mohamed Djeha, surnommé « Mimo », présenté comme une figure historique du trafic de stupéfiants de la Castellane.
Le réseau de cette cité du 15e et du 16e arrondissement est considéré comme l'un des plus rentables de Marseille, notamment grâce à ses deux importants points de vente. Djamel Djeha est notamment présenté par les enquêteurs français comme ayant joué un rôle financier majeur dans cette organisation.
Attention : les Djeha ne sont pas la DZ Mafia
La distinction est importante. La proximité des deux arrestations a parfois conduit à présenter Djamel Djeha comme un cadre de la DZ Mafia.
Mais selon les éléments de l'enquête rapportés par Le Monde, le réseau de la Castellane et la DZ Mafia constituent bien deux organisations distinctes.
Les enquêteurs ont identifié des collaborations ponctuelles : recours à certains services de la DZ Mafia ou mutualisation de certaines opérations de blanchiment. Mais le réseau de la Castellane aurait conservé son autonomie. L'arrestation de Laribi et celle de Djeha constituent donc deux coups portés simultanément à deux composantes différentes du narcotrafic marseillais.
Pourquoi ces arrestations en Algérie sont importantes
Au-delà des deux hommes, l'affaire possède une dimension diplomatique. Depuis plusieurs années, l'un des problèmes majeurs rencontrés par la justice française réside dans la capacité des dirigeants présumés du narcotrafic à piloter leurs activités depuis l'étranger.
L'Algérie constitue une destination particulièrement complexe puisque le pays n'extrade pas ses propres ressortissants. Or Mehdi Laribi possède la double nationalité franco-algérienne. Les relations particulièrement tendues entre Paris et Alger avaient également fortement ralenti la coopération judiciaire depuis 2024.
Mais depuis quelques mois, les deux pays tentent de renouer le dialogue. En mai, Gérald Darmanin s'était rendu à Alger accompagné notamment de magistrats du nouveau Parquet national anticriminalité organisée. Plusieurs dossiers prioritaires avaient alors été transmis aux autorités algériennes. Celui de Mehdi Laribi en faisait partie.
Quelques semaines plus tard, les résultats sont particulièrement concrets.
D'abord libérés, désormais incarcérés
Les premières décisions de la justice algérienne avaient pourtant suscité une certaine incompréhension en France. Après son arrestation du 20 juillet, Mehdi Laribi avait été placé sous contrôle judiciaire dès le lendemain. Même scénario pour Djamel Djeha après son interpellation du 3 août. Les deux hommes restaient donc libres en Algérie malgré les mandats d'arrêt français dont ils faisaient l'objet.
La situation vient de changer.
Ce lundi 10 août, Gérald Darmanin a annoncé que Mehdi Laribi et Djamel Djeha avaient finalement été placés en détention en Algérie. Pour les autorités françaises, l'évolution est significative : elle montre surtout que des narcotrafiquants présumés installés de l'autre côté de la Méditerranée ne sont plus nécessairement hors de portée de la justice.
Un nouveau coup porté au narcotrafic marseillais
Ces arrestations interviennent dans un contexte de pression judiciaire particulièrement importante sur le grand banditisme marseillais. En mars, l'opération « Octopus » avait permis l'interpellation de dizaines de personnes liées à la DZ Mafia. En juin, Félix Bingui, dit « le Chat », ancien chef présumé du clan Yoda, a été condamné à douze ans de prison à Marseille.
La stratégie des autorités consiste désormais clairement à frapper non seulement les vendeurs et les petites mains présents sur les points de deal, mais aussi les dirigeants, les circuits financiers et les responsables présumés installés à l'étranger.
L'incarcération de Mehdi Laribi et Djamel Djeha ne signifie évidemment pas la disparition du narcotrafic marseillais. Les enquêteurs décrivent depuis longtemps des organisations capables de remplacer rapidement leurs membres arrêtés et de poursuivre leurs activités malgré les coups de filet.
Mais le signal envoyé est différent.
Pendant longtemps, certains des principaux noms du narcotrafic marseillais semblaient pouvoir trouver refuge à l'étranger et continuer à échapper aux mandats délivrés depuis Marseille.
Avec deux arrestations puis deux incarcérations en Algérie en l'espace de quelques semaines, cette certitude vient peut-être de commencer à se fissurer.
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