Entre Belsunce et Saint Charles : les habitants face à la consommation de crack
À Marseille, les riverains de la place Labadié décrivent une dégradation du quotidien liée au crack et à la grande précarité.
Entre Belsunce, le quartier du Chapitre et la gare Saint-Charles, les habitants assistent depuis plusieurs mois à une dégradation préoccupante de leur environnement quotidien. En cause notamment : la consommation de crack, devenue beaucoup plus visible dans les rues du centre-ville de Marseille.
Consommation en pleine rue, personnes en situation de grande précarité, prostitution, tensions, occupations de halls d'immeubles : les témoignages se multiplient.
Un récent reportage d'ICI Provence consacré aux habitants de la place Labadié raconte cette réalité quotidienne. Mais le phénomène dépasse largement les limites de cette seule place : c'est désormais tout un secteur situé entre Belsunce et Saint-Charles qui semble concerné.
Une consommation devenue beaucoup plus visible
Le crack n'est pas apparu à Marseille en 2026. Mais les associations spécialisées observent une accélération particulièrement importante du phénomène.
Selon un diagnostic réalisé par les structures locales venant en aide aux consommateurs de drogues, près de 200 personnes consommeraient aujourd'hui du crack directement dans les rues de Marseille. En intégrant les personnes en situation de mal-logement ou d'habitat très précaire, le nombre de personnes concernées approcherait les 500.
Le dispositif Tempo estimait en mai que le crack était devenu la première drogue consommée par plus de 60 % des usagers locaux qu'il accompagne.
De Belsunce vers Saint-Charles
Le problème est également géographique. Depuis plusieurs années, les opérations policières se sont multipliées contre les points de deal. Dans le centre-ville, une pression particulière a notamment été exercée à Belsunce.
Mais déplacer les consommateurs ne signifie pas les faire disparaître. Les associations observent ainsi un déplacement progressif vers le haut de la ville, notamment autour de la gare Saint-Charles et du quartier du Chapitre. Certains travailleurs sociaux ont même surnommé cette zone le **« vortex de Saint-Charles »**.
Les campements situés autour de la gare sont régulièrement évacués. Une partie des personnes se déplace alors de quelques centaines de mètres avant de se réinstaller ailleurs. Le phénomène touche désormais également d'autres secteurs du centre-ville, notamment La Plaine et le cours Julien.
Place Labadié, des habitants à bout
La place Labadié constitue aujourd'hui l'une des illustrations les plus frappantes de cette situation. Située dans le 1er arrondissement, à proximité immédiate de Saint-Charles, elle avait pourtant fait l'objet d'importants efforts de réaménagement ces dernières années.
Le jardin central a été rénové et végétalisé avec l'objectif de permettre aux familles et aux habitants de se réapproprier cet espace public.
Mais la réalité décrite aujourd'hui par certains riverains est très différente. ICI Provence rapporte les témoignages d'habitants confrontés quotidiennement à la consommation de crack et au sentiment de dégradation de leur environnement.
Une situation également documentée par Le Monde. Un habitant installé dans le quartier depuis 2003 explique ainsi que le seul endroit de Marseille où il ne laisse plus ses enfants se déplacer seuls est désormais leur propre quartier.
Une pétition lancée le 16 juin pour réclamer une action publique coordonnée avait déjà recueilli près de 600 signatures, dont environ la moitié provenant du quartier.
La fermeture du Sleep'In a aggravé la situation
Un événement semble avoir encore accentué les difficultés ces dernières semaines : lafermeture du Sleep'In. Ce centre d'accueil et de réduction des risques, installé à proximité de Saint-Charles, accueillait quotidiennement jusqu'à une centaine de personnes et disposait également de places d'hébergement.
Il a fermé ses portes à la fin du mois de mai afin de permettre d'importants travaux après une infestation de rats. Depuis, les acteurs de terrain comme certains habitants constatent une augmentation de la consommation directement dans l'espace public.
Le problème est alors particulièrement difficile à résoudre : les personnes dépendantes restent présentes, mais disposent de moins d'endroits où être accueillies et accompagnées.
Une crise à la fois sécuritaire, sanitaire et sociale
Pour les habitants, le problème est d'abord extrêmement concret. Ils veulent pouvoir entrer dans leur immeuble, circuler dans leur rue et laisser leurs enfants utiliser les espaces publics sans être confrontés à des scènes de consommation ou à des comportements inquiétants.
La présence policière répond donc à une partie de leurs préoccupations. Mais elle ne peut résoudre seule la situation. Car derrière la consommation de crack se trouvent également des personnes cumulant souvent plusieurs difficultés : absence d'hébergement, rupture des droits sociaux, problèmes psychiatriques, addictions et accès insuffisant aux soins.
Déplacer ces personnes d'une place à une autre ne fait donc que déplacer le problème.
La crainte de voir la situation s'installer
Face à cette progression, les associations, Médecins du Monde, l'AP-HM et des structures spécialisées dans le logement ont lancé début 2026 le dispositif Tempo.
L'objectif est de mieux coordonner les maraudes, l'accès aux soins, la réduction des risques et les solutions d'hébergement. Deux petites structures de dix et dix-sept places doivent notamment ouvrir, mais les acteurs associatifs considèrent eux-mêmes que les besoins sont beaucoup plus importants.
La crainte est désormais de voir s'installer durablement dans le centre de Marseille une concentration de consommateurs extrêmement précaires comparable, à une autre échelle, à la situation qu'a connue Paris avec la « colline du crack ».
Pour les habitants de Belsunce, du Chapitre et des rues entourant Saint-Charles, l'urgence est beaucoup plus immédiate.
Ils demandent simplement à retrouver un usage normal de leur quartier.
La situation de la place Labadié montre toute la difficulté du problème : Marseille peut rénover ses places et transformer ses espaces publics ; encore faut-il que les habitants puissent réellement continuer à les utiliser.
Et face à l'augmentation actuelle de la consommation de crack, la réponse devra nécessairement combiner sécurité, prise en charge sanitaire et hébergement. Faute de quoi, les interventions risquent de continuer à déplacer le problème de quelques rues, sans jamais réellement le résoudre.
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